Amitiés poétiques sans frontières
 
AccueilPortailS'enregistrerConnexion


Partagez | 
 

 Un lundi

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Derdour ahmed
Apécien
Apécien
avatar

Masculin Nombre de messages : 3372
Age : 71
Date d'inscription : 05/10/2011

MessageSujet: Un lundi   Mer 24 Sep - 23:29

Un lundi 22 septembre 2014
Ce matin, par un temps gris où le ciel a préféré totalement se couvrir, j’ai décidé d’aller me ressourcer, faire en quelque sorte le plein, recharger les batteries car je crois qu’il n’est pas permis d’oublier. Sur tous les horizons qui entourent la ville, les rideaux sont baissés, mais, assez courts par endroits, permettant aux monts de montrer les pieds.
Quelques gouttelettes tombent. La terre, ayant assez bu, laisse çà et là des coupes bien pleines. Les oiseaux viennent s’y baigner ou s’y désaltérer. Il fait bon, assez frais, certes, mais il n’entrave point ma décision. Je claque la porte derrière moi et prends la direction où d’habitude ma jeunesse m’attend. Là, ensemble, nous passions quelques moments où l’agréable recouvrait de sourires les instants quelque peu maussades qui, heureusement dans cette période de jeux, d’inconscience, de refus, d’amitié n’étaient guère impressionnants. La dispute, la bouderie s’oubliaient très vite ; les pleurs eux-aussi séchaient d’une tape sur le dos.
Je grimpe à quatre pattes la dune pourtant j’avais choisi l’endroit le moins abrupte. Essoufflé, j’arrive au sommet mais qu’importe, malgré l’âge, je l’ai vaincue. Le calme absolu! Pas une vie sur cette immense étendue belle et ondulée, seuls quelques scarabées sont là, blottis sous les feuilles en aiguilles des petites touffes de ‘drine’  ou sous de longues racines dénudées. On dirait des veines bien apparentes, noircies d’un écorché à la recherche de l’eau pour ce corps immobile, déshydraté. Elles s’agrippent comme elles peuvent au sol sablonneux qui, fouetté par le vent, les dévoile chaque jour un peu plus, sans aucune pudeur. L’arbre bien que vert, souffre, montre quelques uns de ses bras morts peut-être s’est-il toujours dit qu’on va se réveiller.-« Tu peines lui dis-je ! » Le vent souffle. Les branches se plient dans une même direction comme pour affirmer ma pensée. Du ciel embrumé des gouttes, de mes yeux aussi.
Mais, que pourrai-je bien te faire ? J’aimerais te porter dans mes bras, te porter secours car  convaincu que de ta vie dépend la mienne. Mais que peut bien faire  la bête blessée à mort et que croque son prédateur, à belles dents ? Pourtant,  les remèdes, les idées ne manquent pas, les associations sont là, les différentes administrations sont là, les planificateurs sont là enfin tout est là, mais… Je suis ce pauvre individu qui a conduit son malade à l’hôpital. Quelques temps après, il le voit tout doucement s’éteindre. Que peut-il bien faire ou dire ? Dans un établissement  hospitalier qui regorge d’infirmiers, de médecins spécialistes, de médicaments, payés pour veiller sur sa santé mais qui n’oblige ses salariés à s’approcher du malade.… Si les préposés du bien être, de l’environnement, de la sauvegarde de la nature, de …, de de  de… n’ont pas pu venir te voir car… occupés, je ne peux pauvre créature te déplacer pour te faire soigner. Je veux bien te porter dans mes bras, te porter secours mais impuissant je n’ai que des pleurs à verser. Je suis désolé. Tu pleures ! Je pleure également à te voir si mutilé et à me voir si incapable. Des gouttelettes perchent sur mes cils pourtant, la pluie a cessé de tomber.
Le sable est assez ferme grâce à la quantité d’eau absorbée. La marche donc, est plus aisée mais, la peine que je porte m’oppresse.  Sur la crête, la plus élevée, sur cette immensité ocre, sur la ligne des deux sommets se tenant face à face,  un reste de mur, quelques pierres alignées sur un côté : les seuls vestiges qui restent d’un poste optique, le premier qu’a construit l’armée d’occupation en 1887 pour veiller sur la construction de la caserne  militaire. De là, les yeux balayaient les deux monts des pieds à la tête, allaient jusqu’à l’infini des dunes à l’ouest comme à l’est, sans les fermer sur les jardins et sur l’eau  qui couvre le lit de l’oued. Une vue exceptionnelle d’un point vraiment stratégique.
Je reviens sur mes propres pas pour ne pas trop endommager la beauté du site. Le cœur gonflé de chagrin, je me tiens près de l’arbre le plus gros du bois. Il recommence à pleuvoir et mon cœur brisé de chagrin devant la monstruosité du crime, se mit à pleurer. Brûlé vif, éventré vif, les criminels trouvaient plaisir à se chauffer de son ventre et à se saouler dans son ventre. Les armes du crime jonchent  le sol de celui qui leur a offert du plaisir, de l’ombre, de la sécurité, de l’air sain et leur a évité d’être ensevelis par le sable… Il geint, je l’entends, il ne tient plus sur son solide pied mais seulement sur un arc dont la grosseur de l’écorce ne dépasse pas celle  du fémur.  Il n’est pas le seul mutilé, agressé à mort, il n’y en a plusieurs, certains, totalement engloutis ne montrent plus que quelques plumes de leurs têtes et d’autres sûrement le seront car les criminels sont toujours là, libres et sont toujours là rigolant, fêtant sous l’ombre de leur victimes qui crient, appellent au secours mais leur  cri quoique assourdissant, urgent, n’arrive pas aux bonnes oreilles car l’été, les fenêtres des bureaux sont fermées pour profiter de la fraîcheur des climatiseurs et l’hiver, fermées également : on jouit du chauffage.
La pluie reprend, la souffrance continue et le cœur sensible  ne peut retenir ses larmes devant l’impuissance du citoyen,  devant le déclin de la verdure, devant la surdité des responsables des forêts, du tourisme  et devant la mutité des associations.


Dernière édition par Derdour ahmed le Mar 21 Oct - 23:44, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Flormed
Administrateur
Administrateur
avatar

Masculin Nombre de messages : 9147
Age : 70
Date d'inscription : 28/10/2008

MessageSujet: Re: Un lundi   Jeu 25 Sep - 0:21

Là c'est bel et bien de la poésie en prose.
Merci de nous avoir offert cet agréable instant de lecture.

*Je crois qu'il manque un mot ici : Pas un ......... sur l'immense étendue

Amitiés


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
Revenir en haut Aller en bas
http://flormed.e-monsite.com
stellamaris
Administrateur
Administrateur
avatar

Masculin Nombre de messages : 15353
Age : 55
Date d'inscription : 22/10/2008

MessageSujet: Re: Un lundi   Jeu 25 Sep - 7:13

Un texte très agréable, Ahmed ! Avec toute mon amitié.


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Revenir en haut Aller en bas
http://www.stellamarispoemes.com
Vénusia
Apécienne
Apécienne
avatar

Féminin Nombre de messages : 2975
Age : 64
Date d'inscription : 16/05/2011

MessageSujet: Re: Un lundi   Dim 19 Oct - 19:59

tu as le talent d'un conteur et je t'ai lu avec plaisir, quelques fois avec angoisse et chagrin tant tes mots sont forts

merci

Revenir en haut Aller en bas
http://au-pres-d-aphrodithe.eklablog.com
Derdour ahmed
Apécien
Apécien
avatar

Masculin Nombre de messages : 3372
Age : 71
Date d'inscription : 05/10/2011

MessageSujet: Re: Un lundi   Mar 21 Oct - 23:43

Merci infiniment pour vos commentaires si encourageants . J'ai mis beaucoup de temps à vous répondre Je m'excuse un problème de connexion. Veuillez m'excuser Vénusia,Flormed, Stell.
Pas une vie...(j'ai corrigé.)
Revenir en haut Aller en bas
Marie-Claire

avatar

Féminin Nombre de messages : 1747
Age : 71
Date d'inscription : 28/10/2012

MessageSujet: Re: Un lundi   Jeu 23 Oct - 10:26

Nul ne pourrait être insensible à ce texte émouvant, dénonçant la souffrance de ce reste de forêt qui va disparaître peu à peu. Le manque de respect vis-à-vis de la nature, la non vigilance face aux changements climatiques qui accélère la désertification paraissent inexorables et condamnent notre belle nature à brève échéance.

Ta prose si poétique dans son ton pathétique me remue profondément.

Espérons que ton cri sera entendu par les défenseurs de la planète groupés en associations.

Merci Ahmed, je suis bouleversée par ce magnifique écrit.

applaudissement

Amitiés

Revenir en haut Aller en bas
Derdour ahmed
Apécien
Apécien
avatar

Masculin Nombre de messages : 3372
Age : 71
Date d'inscription : 05/10/2011

MessageSujet: Re: Un lundi   Jeu 23 Oct - 14:07

Merci infiniment Marie-Claire. Je suis vraiment touché par ton commentaire. Ton cri, le mien, ceux des autres, arriveront aux oreilles des défenseurs de la planète mais prions que ça sera à temps.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Un lundi   

Revenir en haut Aller en bas
 
Un lundi
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Surprise du RAW de Lundi ?
» Bonjour du lundi
» Petit bonjour du lundi
» Le petit jeu du lundi
» Lundi de Pâques férié aux US?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
POESIS :: Bibliothèque du site :: Ruche des poèmes en prose-
Sauter vers: