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 Bretagne, côte sauvage...

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michel doucet
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Age : 66
Date d'inscription : 06/05/2014

MessageSujet: Bretagne, côte sauvage...   Ven 13 Juin - 16:27

1
Des vagues en furie assaillent déferlantes
La côte inaltérable aux multiples tourments,
Qui se gausse de l'onde et de ses tournoiements
Et rejette aux brisants ses larmes ruisselantes.

Quelques oiseaux moqueurs, mouettes insolentes,
Viennent raser les bords et leurs cris désarmants
Résonnent dans l'espace enflé d'enivrements
Et retombent en pluie en des notes troublantes.

De vieux débris de bois s'échouent sur les récifs
Au pied des beaux manoirs, à l'ombre des grands ifs,
Où le passé repose immuable et tenace.

De braves cormorans, leurs assauts ébauchés,
Affrontent l'océan qui belliqueux menace
Inexorablement les brisants ébréchés.

2
Inexorablement les brisants ébréchés,
Déposés par les dieux sur la côte sauvage,
Reçoivent de la mer le saumâtre breuvage
Qui recèle en son corps tant de drames cachés.

Ces glorieux remparts, témoins de nos péchés,
Qui virent naufrager des bateaux sans rivage,
Chargés d'hommes de bord et d'autres en servage,
Furent sombres tombeaux pour ces êtres fauchés.

Ils connurent aussi des moments d'innocence,
Sur leurs fronts éblouis l'éternelle naissance
D'oisillons duveteux, les berçant de leur voix ;

Le soleil les chauffant pendant les eaux dormantes,
Diffusant sa lumière en des élans courtois,
Arrachant des éclats à ces pierres fumantes.

3
Arrachant des éclats à ces pierres fumantes
La mer grandiloquente enivre l'horizon,
Puis doucement se tait, tout comme en pâmoison,
En laissant aux rochers ses sueurs caressantes.

Les vagues en retrait se veulent avenantes
Et semblent brusquement retrouver la raison...
Le calme est passager, reprend l'entonnaison
De ce long chant guerrier aux fibres déchirantes.

Le flux s'abat soudain en d'écrasants rouleaux,
Qui gonflent enflammés par la fougue des eaux,
Jetés sur les brisants qui semblent les connaître.

Des cailloux chancelants déjà se sont penchés
Vers le néant marin qui les fait disparaître,
Engloutissant au fond les morceaux écorchés.

4
Engloutissant au fond les morceaux écorchés
La mer sans un remords consacre ainsi son règne,
Dans ce chaos pompeux glorieusement daigne
Que voguent les oiseaux sur ses flots déhanchés.

Sur les chemins fleuris, élégamment perchés,
Les ajoncs vêtus d'or que le soleil imprègne,
Toisent innocemment la surface qui baigne
Avec force et grandeur tous ces murs entachés.

Mais les fous de Bassan de ces tourments n'ont cure,
Ils plongent dans ce gouffre au moins qui leur procure
Dessous les tourbillons d'intrinsèques poissons...

Les vagues, constamment, s'en vont à l'abordage,
Ecrasantes parfois, les jours de grands frissons,
Elles broient, sans faiblir, quelques vieux troncs sans âge.

5
Elles broient, sans faiblir, quelques vieux troncs sans âge
Arrachés de leur pied, du sol déracinés,
Qui peinent à survire en ces terrains minés
Par l'incessant assaut de la force sauvage.

Et quand l'eau se retire, au hasard de la plage,
Il reste au sable mou quelques morceaux chinés
Par de purs créateurs qui les yeux fascinés
Recherchent telle forme, en perçoivent l'image.

Les vagues en partant "découvrent" certains trous,
Dans ces creux délaissés quelques oiseaux voyous
Se régalent d'un rien, équille ou demoiselle.

Les corps tombés au bas et figés au support
Lèvent au grand soleil les bras en ribambelle
En projetant au flux leurs spectres de bois mort.

6
En projetant au flux leurs spectres de bois mort
Les branches de guingois dodelinent la tête
Lorsque le vent fripon, revenant d'escampette,
Leur raconte en soufflant ce que sera leur sort.

Les flots, là-bas, au loin, dans un parfait accord
Se forment doucement d'une façon discrète,
Remontent maintenant et chaque vaguelette
Gonfle en se gorgeant d'air, en écumant plus fort.

Comme un cheval tirant de tout son poids la herse,
La mer dans son galop racle au sable et disperse
Les algues devant elle en un chahut certain...

Les goélands, témoins, chassés du paysage,
Ressentant un danger délaissent leur butin
Brusquement effrayés par un mauvais présage.

7
Brusquement effrayés par un mauvais présage,
Même les crabes mus en curieux ballets,
Rejoignent sans tarder l'abri de leurs palais
Conscients que le ciel prévoit quelques dommages.

Toute forme, dès lors, qui vole ou bien qui nage
Se fond dans une faille ou dessous des galets,
Redoutant, sur la mer, les lumineux reflets
Annonçant un danger, peut-être davantage.

Les nuages si blancs sont devenus bien noirs
Comme l'encre de nuit assombrit tous les soirs...
Subsiste une lueur ô tout juste fluette.

Pareils à ces bateaux qui regagnent le port
Renonçant à braver l'assaut d'une tempête
Des oiseaux, sous le vent, semblent virer de bord.

8
Des oiseaux, sous le vent, semblent virer de bord,
Et regagnent, pressés, tel abri de fortune ;
Un trou dans les genêts ; une cache commune ;
Quelque endroit en retrait ce même sans confort.

La mer cingle à présent, dans un puissant effort,
Les versants laminés sans retenue aucune...
Chaque "chapeau chinois", que la vague importune,
S'accroche à son rocher, authentique raccord.

Les embruns scintillants piquetés d'émeraude
Illuminent encor des sternes en maraude
Chipant aux fleurs des eaux des poissons argentés.

Dans un dernier élan l'océan qui soupire
Enlace les récifs de ses doigts enchantés ;
Soudain l'orage au loin vrombit, pressé de nuire.

9
Soudain l'orage au loin vrombit, pressé de nuire,
Des lueurs zèbrent l'air comme des feux follets
Qui dansent dans les cieux, serpentins inquiets
Virant de-ci de-là ne cessant de bruire.

Le vent redouble encor lui qui semble conduire
Les nuages noircis de leurs tons les plus laids,
Apportant l'ombre austère à nos regards défaits,
En dotant l'infini qui semble l'éconduire.

La mer revêt alors son manteau vert et gris
Par-dessus l'émeraude, au coeur des flots aigris,
Augurant pour bientôt probablement le pire.

La côte se prépare à subir son tourment
Car il ne se peut pas qu'il en soit autrement...
Le ciel tonitruant se gorge de son ire.

10
Le ciel tonitruant se gorge de son ire,
Le tonnerre excité fait rouler ses tambours,
Eole en soufflant fort déroute son parcours,
Alors d'un coup d'un seul le mirifique expire.

La foudre en éclatant frappe son point de mire
En gravant aux rochers, posés aux alentours,
Son nom indélébile -inscrit là pour toujours-
Dans un baiser de feu, de tous les sceaux le pire.

Les flots gonflés à bloc, pareils à des marteaux,
Cognent sans retenue au havre les bateaux
Brusquement assommés par l'attaque soudaine...

Les oiseaux, dans les airs, plaqués brutalement
Attendent en planant la rafale prochaine...
Le temps devient lugubre, inéluctablement.

11
Le temps devient lugubre, inéluctablement,
On ne distingue plus, sur chacune falaise,
L'éclat d'or des genêts car sur eux l'ombre pèse
Etalant son voilage en un geste embrumant.

Sous les nuages gris la pluie ourle dûment
Ses perles de cristal. Gonflé le vent biaise,
Tout le long des récifs, en sifflant n'en déplaise
Aux esprits vertueux son air de vieil amant.

Sans arrêt, en tombant, les gouttes pétulantes
S'écoulent sur nos fronts ; ô juste chancelantes
Se tiennent en suspens aux rives de nos yeux.

A présent le spectacle évidemment s'enchaîne
En fixant la durée au bon vouloir des dieux...
La mer houleuse explose, ardente et souveraine.

12
La mer houleuse explose, ardente et souveraine,
Envoyant vers le ciel son message juteux,
Invitant l'astre d'or sous l'eau de sa fontaine
Pour jouir des bienfaits de son grand bain laiteux.

Faisant fi des attraits de cette aimante reine,
A peine reluisant derrière un front brumeux,
Celui qui rayonnait, maître de son domaine,
Privé de son pouvoir n'est plus qu'un point fumeux.

Naguère si brillant dans son vaisseau de flammes,
Au coeur de l'univers, au royaume des âmes,
Navigue à l'aveuglette imperceptiblement.

La belle énamourée, écumante de rage,
Fait bouillonner ses flots, hargneuse de l'outrage,
Le soleil occulté s'estompe doucement.

13
Le soleil occulté s'estompe doucement,
Dans un dernier sursaut se calme la tempête,
Juste un petit éclair qui vrille impudemment
Pour épater la nue ; ultime pirouette.

La mer est plus tranquille et remet simplement
Ses algues à l'endroit, rajuste sa toilette ;
Les flots baignent sans heurt la côte innocemment,
Le ciel édulcoré dans les eaux se reflète.

Les oiseaux, de nouveau, survolent les rochers
Et piquent sans façon les poissons en touchers
Dans les creux tout vaseux et ce pour peu de peine...

Mais le jour se fait vieux, déjà tombe le soir,
Au bout de l'horizon, comme au bord du plongeoir,
L'astre éteint sombre alors où l'abîme l'entraîne.

14
L'astre éteint sombre alors où l'abîme l'entraîne,
Absorbé par le temps jusqu'au prochain lever,
Naîtra le renouveau dans une aube sereine,
Encore un bel instant que l'on pourra graver.

Je suis d'ici l'enfant et cette plage est mienne,
Je sillonne son sable ou je viens m'y lover,
Je ferme ainsi mes yeux pour que la mer me prenne,
M'emporte au fil de l'eau que j'y puisse rêver...

Je ressens le grand large et les effets du vent
Debout sur le fronton de mon gaillard d'avant
Face aux baisers fougueux des bruines cinglantes...

Je suis à vous pareil, vous êtes ma raison,
Indomptables rochers que chacune saison
Des vagues en furie assaillent déferlantes.

15  Sonnet maître
Des vagues en furie assaillent déferlantes
Inexorablement les brisants ébréchés,
Arrachant des éclats à ces pierres fumantes,
Engloutissant au fond les morceaux écorchés.

Elles broient, sans faiblir, quelques vieux troncs sans âge,
En projetant au flux leurs spectres de bois mort ;
Brusquement effrayés par un mauvais présage
Des oiseaux, sous le vent, semblent virer de bord.

Soudain l'orage au loin vrombit, pressé de nuire,
Le ciel tonitruant se gorge de son ire,
Le temps devient lugubre, inéluctablement.

La mer houleuse explose, ardente et souveraine,
Le soleil occulté s'estompe doucement...
L'astre éteint sombre alors où l'abîme l'entraîne.


Dernière édition par michel doucet le Sam 14 Juin - 7:15, édité 3 fois
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stellamaris
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MessageSujet: Re: Bretagne, côte sauvage...   Ven 13 Juin - 19:28

Une couronne magnifique, Michel, amplement digne de ce superbe pays !

Pour quelques suggestions :
1, v.7, pas de virgules, ou "enflés" au pluriel (avec les virgules, "enflés" se rapporte aux cris, sans virgules à l'espace)
4 v.9 "de ces tourments n'on cure" ("en" reprend "les tourments")
6 v.11, "en un chahut" (pour la césure)
7 v. 5 "qui vole ou bien qui nage"

Avec toute mon amitié.


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michel doucet
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MessageSujet: Re: Bretagne, côte sauvage...   Ven 13 Juin - 19:37

Merci à vous, Stellamaris, pour ces précieux conseils, belle soirée, amitiés,
Michel.
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annie
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MessageSujet: Re: Bretagne, côte sauvage...   Sam 14 Juin - 8:43

Mon rêve... Une couronne de sonnets !
BRAVO mais je reviendrai lire posément car je ne peux à l'instant et je tiens à m'en régaler...
Bonne et douce journée à vous, à tous et à toutes.
Annie
 applaudissement
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michel doucet
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Date d'inscription : 06/05/2014

MessageSujet: Re: Bretagne, côte sauvage...   Sam 14 Juin - 13:43

Merci à vous Annie, amitiés,
Michel.
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annie
Apécienne
Apécienne
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Date d'inscription : 18/05/2011

MessageSujet: Re: Bretagne, côte sauvage...   Dim 15 Juin - 17:34

J'ai lu en imprimant vos poèmes Michel, plus facile pour moi que sur l'ordinateur.
Sur cette mer toujours en mouvement, pour écrire une couronne, il faut avoir été tout d'abord un très bon observateur... C'est votre cas. Bravo de nouveau. J'espère un jour trouver le thème qui me mènera à écrire ainsi !
Amitiés.
Annie
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michel doucet
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MessageSujet: Re: Bretagne, côte sauvage...   Dim 15 Juin - 18:04

Merci à vous Annie, je suis un contemplatif doublement observateur car j'ai la chance d'écrire et de peindre. Je ne désespère pas d'écrire une couronne parfaite si se faire se peut... le plus difficile se situant au niveau des rimes sur les sonnets réguliers..
bien à vous, belle soirée,
Michel.
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