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 Sirikondi le conteur

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Maalik
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MessageSujet: Sirikondi le conteur   Lun 21 Jan - 0:03



«Sirikondi le conteur : Citoyens du Village»
L'histoire, dit Sirikondi, se déroule sous l’ombrageux feuillage d’un gigantesque arbre dans le grand Sahel.

Un miraculé de la dégradation de l’environnement? Ou est-ce un arbre aux racines génétiquement modifiées?

Des questions qu’on ne manque jamais de poser à Sirikondi. Mais Sirikondi, le conteur ne saurait apporter une réponse précise à ces lancinantes questions. Ce que Sirikondi sait, c’est narrer son…film. Et, lorsqu’il démarre, il ne s’arrête qu’une fois le conte fini…

L’histoire, introduit-il, met en scène d’une part un Peul, un Sérère, un Joola, un Maure et un Wolof, et d’autre part, un Américain, un Japonais et un Chinois. Elle a lieu quelque part dans le Village par la magie de la civilisation de l’universel.

«Un jour, alors qu’il était wazif, les champs étant devenus secs, le Sérère décida d’aller tenter sa chance à la chasse….Un peu de braconnage…de petit gibier…

L’œil attentif sur son cousin historique, le voisin Joola ne se le fera pas compter une seconde. Il se convainc de faire le chemin de la brousse.

Les voilà partis du Centre de Ndumbelane.

Du Nord, deux autres cousins, le Maure et le Wolof, dont les affaires ne marchaient plus avaient pris le chemin de l’Est.

De l’Ouest, en grand transhumant infatigable, Ndikiri, le peulh était parti depuis l’aube, la veille. Il arrivera le premier sous le grand arbre. Epuisés, lui et ses bêtes prirent leurs aises. Le transhumant se laissa alors bercer par les chants des oisillons nichés sur les hautes branches…

Partis les derniers, mais pressés d’écouler leurs produits, Maure et Wolof ne tardèrent pas à arriver sur les lieux….

Ravi d’avoir de la compagnie, Ndikiri s’affaira à mettre en place ses outils pour une séance de thé. Il sortit d’abord sa théière de la besace dont il ne se défaisait jamais, puis le petit réchaud à gaz. Un camping-gaz. Il n’avait plus de thé. Sa réserve de sucre était aussi, presque, à sec. Mais Ndikiri sait qu’ami Maure n’en manquerait pour rien au monde.

Mourad Abdel Zein ne se fit d’ailleurs pas prier pour remettre ce qu’il fallait au Peul qui lui avait envoyé un regard appuyé…

Se voyant, Ndiaye Diop, le Wolof, en guise de contribution à la séance, prit quelques graines d’arachide séchée de la poche de son vieux caftan et les posa, entre eux, à même le sol.

C’est parti…

Au deuxième tour de thé, arrivèrent inopinément les hommes de la brousse. Malang, le Joola, et Farba, le Sérère, étaient épuisés mais ravis de trouver ombre et compagnie.
….
Dans les branchages touffus, gazouillant toujours, il sembla aux oisillons qu’au sol quelques congénères volatiles avaient investi l’ombrage de leur habitacle. Mais ce que percevaient les ailés n’était que la palabre des Ndumbelaniens ponctuée de «iyo», «êy», «waou», «wallahi»….

Au milieu de ce brouhaha, Malang, recouvrant ses esprits suite à la longue marche, à son tour, entendit le «wik-wik» dans les branches. Il leva la tête, pointa la cime de l’arbre de son index droit, puis ponctua : «wazo!»

Ce à quoi, suivant le geste de son cousin, Farba, fier de sa connaissance des espèces volatiles, ajouta : «wa!»

Analphabètes, Ndiaye Diop et Mourad ne comprirent pas tout de suite l’objet de l’agitation soudaine de leurs compagnons de fortune. C’est Ndiaye Diop qui, curieux et intrigué, se leva tout bonnement pour scruter les feuillages. Lorsqu’il vit les oiseaux, il lança tout de go : «waou picc leu»[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]!

À sa suite, Mourad, comme s’il avait des fourmis dans son pantalon bouffant, se mit à trépigner, répétant : «ayn wazo-wa-bicc? Wen?»[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Ndiaye Diop entendant «wen» s’étonna grandement et dit à voix, à peine, audible : ki dofut? «Garab da meuna am ween!»[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Mais Mourad, dans son excitation, lança : «wallahi yani iwaz!»

Sur ce débarquèrent inattendus un homme à la peau claire, qui s’avéra être un Américain, et deux Asiatiques. Un Japonais et un Chinois. En chœur, comme s’ils s’étaient passé le mot, les trois arrivants lancèrent : «salam- nafio – noone bu – na nguen def[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Ebahis, les pauvres sahéliens furent encore plus surpris de voir Ndikiri se tordre de rire… Oui, mais pourquoi donc Ndikiri se marrait-il ainsi semblaient dire leurs regards croisés sur ce dernier…?

La petite histoire. Pendant que les autres menaient leur dialogue de sourds, Ndikiri était parti rassembler ses bêtes qu’il trouva au bord d’une verdoyante oasis. Il crut d’abord à un mirage mais dût se convaincre de la réalité du fait.

C’était un grand lac artificiel avec des îlots au milieu desquels un décor d’habitat en bungalows… Un court instant, il se conta l’Eden avant de se voir aborder par le Chinois du trio. Ce dernier lui tendait, en gesticulant, des écouteurs et un petit appareil qui ressemblait à une pile plate. Le Chinois, sans attendre, mit l’appareil en marche et fourra les écouteurs dans les oreilles de son vis-à-vis
tout en continuant à «chinoiser»… Ndikiri, n’en crut pas ses oreilles! Il voyait les lèvres du petit homme remuer et, lui, entendait sa langue maternelle, le Pulaar, chatouiller ses oreilles! L’appareil était simplement muni d’un traducteur automatique en plusieurs langues. Il suffisait de presser sur un bouton pour choisir la langue désirée…

Content de voir qu’une machine «parlait» sa langue, et toutes les autres, il invita alors le trio à venir prendre un verre de thé avec ses compagnons qu’il se préparait déjà à chambrer…

Le ww-trio leur expliqua que l’oasis est la propriété d’un trust arabe Saudia-Emirati et que le complexe artificiel fut construit par des ingénieurs israéliens. Eux y étaient en tant que volontaires des «corps de paix» respectifs de leur pays pour encadrer les Autochtones dans les techniques de petite agriculture, de maraîchage,…. Ils avaient, quelques années auparavant, visité Ndumbelane… Ce qui explique qu’ils se débrouillent en langues locales…

Le Chinois céda du thé au Maure et fourgua une multitude de gadgets… chinois à Ndiaye Diop le Baol-Baol. Ces deux commerçants, des itinérants devant l’éternel, contents d’avoir fait de bonnes affaires, reprirent le chemin du Nord avec leurs marchandises.

Ndikiri, tout heureux d’avoir trouvé et paturage et point d’eau, décida de se fixer. Ses deux cousins, Farba et Malang, en amoureux de la terre, également, prirent l’option de rester. Ils avaient déjà des idées, plein la tête, de projets de maraîchage.

Le ww-trio, quant à lui, prit congé pour aller à la conquête d’autres espaces du Village…»

«Voilà, chers jeunes amis, c’est là mon film-conte…» dit Sirikondi
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Wazif : oisif

Wazo : oiseau
·
Wa : oie
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Iwaz : oie en arabe





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[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] Oui, ce sont des oiseaux!
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] Ayn wazo-wa-bicc? Wen? : Mourad a groupé les différentes appellations en «wazo-wa-bicc » ; ayn=wen : où ?
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] Il est fou ? Comment un arbre peut-il avoir des seins ? : notez que le terme wolof « ween » signifie sein(s).
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] « Jam gnalli -salam- nafio – noone bu – na nguen def » : salutation (Bonjour) en Peul, Arabe, Sérère, Joola et Wolof.
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** Ndumbelaaniens : habitants de Ndumbelaan (Ndoumbélane) :nom donné au Sénégal dans les contes
** Ce conte est extrait (il termine l'ouvrage) d'un ouvrage prosaique (écrit en mars 2012) en attente de publication (très bientôt ) chez L'Harmattan SENEGAL
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stellamaris
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MessageSujet: Re: Sirikondi le conteur   Lun 21 Jan - 6:38

Ah, si toutes les rencontres de peuples pouvaient se dérouler aussi pacifiquement ! Merci pour ce beau conte, Maalik ! Avec toute mon amitié.


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Maalik
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MessageSujet: Re: Sirikondi le conteur   Lun 21 Jan - 8:59

Malheureusement nos rêves de pacifistes sont écrabouillés par des illuminés de tous les acabits !

Merci Stellamaris !
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Khris Anthelme
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MessageSujet: Re: Sirikondi le conteur   Lun 21 Jan - 9:08

Un bel exemple de fraternité, merci infiniment Maalik pour cette lecture ô combien agréable,

Amicalement
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Maalik
Apécien
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MessageSujet: Re: Sirikondi le conteur   Lun 21 Jan - 10:33

Merci infiniment Khris !

Amitiés.
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MessageSujet: Re: Sirikondi le conteur   

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Sirikondi le conteur
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