I -Préambule☼ Notre ami J-C. Blondel
* dans son "Petit voyage parmi les poèmes que l’on dénomme sous les termes de « Poèmes à formes fixes» ou « Répertoire des poèmes à formes fixes » écrit :
► Le trivers est un poème « à forme fixe » moderne. Il se compose de 3 quatrains, en vers de 8 syllabes
° avec césure au 4 ou en vers de 12 syllabes
° avec césure au 6.
• Le premier quatrain avec des rimes masculines croisées obligatoires => Formule : M1 M2 M1 M2
• Le deuxième quatrain avec des rimes féminines croisées obligatoires =>Formule : F1 F2 F1 F2
• Le troisième quatrain avec des rimes masculines et féminines croisées =>Formule : M3 F3 M3 F3
* J-C. Blondel avait publié son « Répertoire » sur de nombreux sites, dont PR, Oasis, Jepoème, ADP et bien d'autres.
° J-C. Blondel emploie «pieds» ; j'ai remplacé par «syllabes» ;voir :
Syllabe ou pied ☼ Wikipédia attribue la création de cette forme à Guy Foulon.
☼ Le terme « trivers » a dû être forgé à partir du préfixe « tri » = trois et de « vers », pour désigner ce type de poème en trois quatrains dont le premier est en vers masculins, le second en vers féminin et le troisième et dernier en vers des deux genres.
☼ En étudiant cette forme à la lumière des précisions de J-C. Blondel, je me suis posé les questions suivantes :
1- Pourquoi en vers de 8 ou 12 syllabes seulement ?
→ Une forme qui accepte ces deux mètres peut bien en accepter d'autres, en particulier le décasyllabe ( qui est entre les deux).
→ On peut même opter pour le vers impair. La valeur poétique ne réside pas dans le mètre choisi par le poète.
2- Pourquoi cet ordre : Le premier quatrain en vers masculins (M) , le second en vers féminins (F) et le troisième en vers mixtes (X) ?
→ Rien n'empêche d'opter pour un premier quatrain en vers féminin, d'où la succession : F - M - X en respectant la règle de l'alternance des rimes au passage du deuxième au troisième quatrain.
3- « en vers de 8 syllabes° avec césure au 4 » dit J-C. Blondel
L'octosyllabe n'est pas un vers à césure ( voir point 5 ci-dessous)
4- « en vers de 12 syllabes° avec césure au 6 » dit J-C. Blondel
→ Il s'agit là de la césure par excellence, dite traditionnelle : <-----6-----> // <-----6----->, et c'est seulement là que l'on parle d'hémistiches ( mot dérivé du grec et qui veut dire : demi-vers ; s'appliquant uniquement à l'alexandrin => voir Traité de L.Quicherat, chapitre II : De la césure, page 11 )
→ Le dodécasyllabe peut être découpé en trois ou quatre groupes rythmiques => trimètre = 4 +4 +4 ou tétramètre = 3 + 3 + 3 + 3
→ voir : La césure
5 - Wikipedia précise : Les mètres préconisés (pour le trivers) sont l'alexandrin ou l'octosyllabe, avec une préférence pour ce dernier, contenant une césure de rigueur.
→Pour l'alexandrin, voir ci-dessus ( point 4)
→L'octosyllabe n'est pas un vers à césure. A l'article de Wikipedia sur la césure, on peut lire :
• Dans la métrique française, médiévale et classique, seuls les décasyllabes et les alexandrins entrent dans la catégorie des vers « longs »ou « composés ».
→ Seuls ces deux vers doivent donc être césurés vu que, par définition, la césure est une « pause à l'intérieur d'un vers d'une certaine longueur ( plus de 8 syllabes)...
→ G.Sorgel, dans son «Traité de Prosodie », au chapitre V : Rythme et vers, page 36, écrit à propos du vers de huit syllabes ou octosyllabe :
• Ce vers [...] demande encore une césure même très légère mais celle-ci n'est plus imposée.
→ Puis il cite des vers de V.Hugo et d'autres d'A. de Lamartine, vers où l'on peut aisément remarquer qu'il n'y a pratiquement pas de césure.
6 - Wikipedia dit que « les mètres préconisés (pour le trivers) sont l'alexandrin ou l'octosyllabe »; ce qui implique qu'une fois le mètre choisi les douze vers doivent être tous isométriques ( = de même mesure).
→ Rien n'empêche d'écourter quelques vers ; cela peut même créer un bel effet rythmique.
II - Schéma de base : Premier quatrain en vers masculins isométriques.→ M , m , M* = rimes masculines ; F , f , F* = rimes féminines
V1----------------------------------M
V2----------------------------------m
V3----------------------------------M
V4----------------------------------m
V5-----------------------------------F
V6-----------------------------------f
V7-----------------------------------F
V8-----------------------------------f
V9----------------------------------M*
V10---------------------------------F*
V11---------------------------------M*
V12---------------------------------F*
→ Les rimes sont croisées (ABAB) dans les trois quatrains.
→ La règle de l'alternance des rimes au passage d'un quatrain au suivant est observée.
►Exemple 1 : Trivers en alexandrins
Le château
En campagne, pour toi, j’ai bâti ce château
Pour y mettre à l’abri ton rêve et ton espoir.
Je défendrai l’amour en repoussant l’étau
D’un monstre qui pourrait le chahuter le soir.
Dans ce beau nid douillet nous vivrons l’aventure,
Au soleil du désir, sous le feu des caresses,
Sans connaître l’effroi que façonne l’usure
Quand le cœur ne tient plus ses sublimes promesses.
Dans un lit nous ferons de merveilleux festins
En dégustant, la nuit, des saveurs magiques.
En promenant nos pas sur des tendres chemins
Nos étreintes seront simplement magnifiques.
( J-C. Blondel )
►Exemple 2 : Trivers en octosyllabes
Prends-le !
Je n'ai que mon cœur à t'offrir
Pour faire ton esprit vibrer
Quand nous entend le doux zéphir
Nos folles amours célébrer.
Tu le sais, ma seule fortune
Est dans mes vers, jaillis de l'âme
Ce soir où, sous un rai de lune,
Ton rire a ravivé ma flamme.
Prends-le donc ! Pour toi seule il bat.
N'es-tu pas sa muse amoureuse?
Ne le mets pas sur le grabat !
Sans toi, sa vie est ténébreuse.
( Flormed )
III - Création de variantes♥ Variante 1 : Premier quatrain en vers féminins isométriques.→ F , f , F* = rimes féminines ; M , m , M* = rimes masculines
V1-----------------------------------F
V2-----------------------------------f
V3-----------------------------------F
V4-----------------------------------f
V5-----------------------------------M
V6-----------------------------------m
V7-----------------------------------M
V8-----------------------------------m
V9----------------------------------F*
V10---------------------------------M*
V11---------------------------------F*
V12---------------------------------M*
→ Les rimes sont croisées (ABAB) dans les trois quatrains.
→ La règle de l'alternance des rimes au passage d'un quatrain au suivant est observée.
►Exemple
Arrosage à l'encre.
Ce soir, le ciel est bas, de ses feux fort avare.
Il pleure en gémissant sur la bourgade morte
Juste après le coucher. Là-haut, le bois se pare
De gel. Seul un rimeur veille et sa muse exhorte.
La belle fée advient puis souffle un mot soyeux
Que la plume en pleurant couche sur le papier,
A la lueur d'une bougie au blanc crayeux :
Compagnon peu disert mais fidèle équipier.
Un vers naît, par magie ; et sa rime est éclose
Pour embellir de sa clarté le beau parcours
Au bout duquel attend son frère dont arrose
Les fleurs un encrier aux noirâtres contours.
( Flormed )
♥ Variante 2 : Trivers en décasyllabes►Exemple 1 : Premier quatrain en vers masculins
Rus de larmes
L'élan du cœur, souvent, le fait souffrir
En y gravant, à fer et feu, les maux
Dont se nourrit le noir qui vient ouvrir
L'abrupt chemin aux fleuves lacrymaux.
Pleurs et soupirs le prennent pour pâture
Pour attiser la douleur qui le creuse.
Le désespoir devient son armature.
Plus d'horizon ! La vie est ténébreuse.
Déçu, meurtri, noyé dans son chagrin,
Il meurt sans coup férir dans sa cagette
Tel un bijou terré dans son écrin
Qui, plus jamais, son éclat ne projette.
( Flormed )
►Exemple 2 : Premier quatrain en vers féminins
Fut-ce un ordre ?
L'oracle a dit :« Fais-toi l'oblat des muses !»
Comment ? Pourquoi ? Rien, aucune réponse !
Au loin, s'entend le son des cornemuses.
En mon cœur frémissant, l'ordre s'enfonce.
La nuit vient déployer son noir ombré
Sur prés et champs. Le calme est élu Roi.
J'attends, muet, quand vint un air ambré
M'affranchir de l'étau du désarroi.
-« Ecris ! » dit une voix. Sans un mot dire,
J'abreuve mon roseau. Son eau noircit
Le papier blanc. J'ai le front qui transpire
La fée agit ; mon esprit s'éclaircit.
( Flormed )
♥ Variante 3 : Trivers en vers impairs►Exemple 1 : Premier quatrain en vers masculins (de 9 syllabes)
Souris !
Vois les oiseaux, près des nids fleuris,
Se bécotant, le plumage en l'air !
Vois les fleurs et leurs soucis chéris
Se délecter de baisers hors pair !
Vois l'aube parsemer de rosée,
Pour la perler, la mer de verdure
Offrant au ciel sa houle rosée
Que berce un vent à la douce allure !
Ton front, qui d'être noué se plaint,
T'exhorte à donner son lot de joie
A ce cœur que ta noirceur contraint
A moisir loin de la claire voie.
( Flormed )
►Exemple 2 : Premier quatrain en vers féminins (de 7 syllabes)
Ne regrette rien !
L'âge a tôt fané ta grâce
Dont se nourrissait mon âme ;
Mais point elle ne se lasse
D'y grappiller son dictame.
Ton corps, aujourd'hui flétri,
Reste pour elle un pré vert.
Le cœur, de ton miel pétri,
Demeure à l'amour ouvert.
Ne regrette rien ! La source,
Point elle ne peut tarir
Avant la fin de sa course.
Viens dans mes bras te blottir.
( Flormed )
♥ Variante 4 : Trivers sur deux mètres►Exemple 1 → Premier quatrain en vers masculins ( de 12 et 8 syllabes )
Funeste orage.
L'ire du ciel s'est apaisée ; on peut sortir.
La grêle a labouré les champs
Où mûrissait le blé. Le vent, pour dévêtir
Les bois, fuyait en vols tranchants.
La boue a dévoré les moissons attendues.
O labeurs noyés par l'orage,
Ce bled est-il damné ? Ses vastes étendues
D'or ne sont plus qu'un marécage.
Que de sueur pour déblayer sentiers et clos;
Sept jours d'ahans sans heures creuses
Pour ramener la joie aux stériles îlots
De ce pays aux nuits charmeuses.
( Flormed )
►Exemple 2 → Premier quatrain en vers féminins ( de 10 et 7 syllabes)
Lit de poème.
Voici l'heure où vient régner le silence
Sur les taudis sans lumières
Que le jour, chaque soir, sans déférence
Offre aux rêves éphémères.
Pas un mot ne parvient à se frayer,
Vers la page, son chemin.
Quand le rimeur, ayant beau bégayer,
Sentit tressauter sa main.
La plume lâche une première larme
Roulant en vers souffreteux
Sur le papier que prend le nouveau carme
Comme un bon lit duveteux.
( Flormed )
♥ Variante 5 : Reprise des rimes au dernier quatrain→ Le dernier quatrain étant mixte, on peut y reprendre deux des rimes des deux premiers quatrains, l'une masculine, l'autre féminine.
→ Plusieurs possibilités : mettons M et m pour les rimes du quatrain masculin ; F et f pour celles du quatrain féminin ; on aura pour le troisième :
a- MFMF ; MfMf ; mFmF ou mfmf (si le premier quatrain est en vers masculins)
b-FMFM ; FmFm ; fMfM ou fmfm (si le premier quatrain est en vers féminins).
►Exemple 1 : Premier quatrain en vers masculin
Etalage bronzé
Voilà l'été dévoilant la chair
Dont se repaît le sable doré.
Les jeunettes, cheveux en l'air,
Ont, de leurs seins, le flot, décoré.
Le soir, l'amour fleurit sous les tentes,
Béni par la douceur de la lune
Se mirant dans les eaux transparentes
D'une mer que le jour importune.
Bains, cris, jeux et ris dès qu'il fait clair
Et tant que le soleil aux brûlantes
Clartés vide son âtre hors pair
Sur les peaux aux teintes aguichantes.
( Flormed )
►Exemple 2 : Premier quatrain en vers féminin
Enivre-toi de passé !
Tu parles d'avenir alors que l'âme,
Dans un passé lointain, se réfugie
Pour y revivre un souvenir-dictame :
Fruit d'un beau soir au rai d'une bougie.
Laisse tomber ! Demain n'est pas encor
Et l'on ne sait ce qu'il peut receler !
Hier dont tu connais tout le décor
A toujours le bon mot pour t'appeler.
Tu ne peux résister à la magie
De ses recoins où reluit son trésor
Faramineux, vif même en léthargie.
Enivre-toi, mon cœur, de son bel or !
( Flormed )
♥ Variante 6 : → Trivers inversé• Premier quatrain en vers mixtes : MFMF ou FMFM
• Second quatrain en vers masculins ou féminins seulement : mm*mm* / ff*ff*
• Troisième quatrain en vers féminins ou masculins seulement :
ff*ff* ou mm*mm*
=> deux possibilités
a → MFMF-mm*mm*-ff*ff*
b → FMFM-ff*ff*-mm*mm*
=> Rimes croisées dans chaque quatrain et alternance au passage d'un quatrain au suivant.
► Exemple 1 : trivers inversé en alexandrin , selon la formule (a)
Aux souilleurs.
La vie est profanée au nom de Liberté
Ce mot chantant n'a plus la couleur chatoyante
Qu'il avait. Aujourd'hui, déplorant sa clarté
Il inonde de pleurs la terre agonisante.
On ose, sans rougir, s'attaquer même au Ciel !
Eteinte est la vertu ; que de crayons pourris !
Défuntes sont les mœurs. Le flot torrentiel
Des affronts te meurtrit ; cœur, que de bistouris !
Que dire face au Mal qui, partout, vocifère
Pour engloutir dans sa gadoue assassineuse
Le Pur, le Beau, le Vrai que l'on cherche à défaire
De leurs attraits en dégueulant la glu ruineuse.
( Flormed )
► Exemple 2 : trivers inversé en décasyllabes , selon la formula (b)
Soupirs à vie !
La loi du cœur est souvent tyrannique.
Qui n'en a pas souffert le joug, plié
Tel un vassal devant son maître inique,
De ses ardeurs se voyant spolié.
Le bel amour, à la moindre étincelle,
Part en fumée et ne laisse que peines.
La fleur périt quand meurt sa radicelle
Qui pourvoit en fraîcheur ses minces veines.
Que de soupirs, ô pauvre bout de chair,
Dois-tu pousser encor, seul, prisonnier
D'un gouffre où le gris dévore le clair,
Où la douleur se remplit le carnier !
( Flormed )
♥ Variante 7 : → Trivers double►Exemple
Un soir d'attente.
Le bois se tait, lové dans les replis
De dame Nuit le couvant de ses yeux
Dont les rayons sont de douceur remplis
Pour parsemer les prés des profonds cieux.
Mon logis s'engloutit dans le silence.
Accroupi sur le seuil, j'attends la lune ;
Les paupières combattant la somnolence,
Et l'esprit ruminant son infortune.
Un rossignol se met à déchirer
Le calme plat en lançant un ramage
Si doux que le rond blanc vient se mirer
Dans l'étang reflétant sa belle image.
La reine de la nuit sourit à l'eau
Que fait frémir un petit vent fuyard
Amplifiant le chant du bel oiseau,
Prince des monts, berçant mon cœur hagard.
Minuit ! l'horloge, en égrenant ses heures,
Me rend au manuscrit. La plume appelle,
La page aussi ! Ma fée, à mes demeures,
N'est pas venue. O la méchante oiselle !
L'aube allait dévoiler de l'horizon
Son bleu brumeux lorsque survint ma muse
Faire fleurir les rimes à foison
Sous l'œil d'un cierge à la clarté diffuse.
( Flormed )
♥ Variante 8 : Le quatrain mixte au milieu : deux cas► Exemple 1 : Premier quatrain en vers masculins → M X F
Fêtes de campagne.
Le soleil vomissait, ce jour-là, son enfer
Sur les champs crépitants où les blés ont mûri.
Cheveux en bas, ils attendaient les dents en fer
Pour aller au grenier ; leur or, mettre à abri.
La machine arriva, déployant ses mâchoires.
Tel un monstre enragé sa proie ingurgitant
D'une bouchée, en quatre tours épilatoires,
Le grain est mis en sac, en criant, en chantant
La récolte en lieu sûr, le bled vaquait aux fêtes :
Mariages, moussems dont les chansons rurales
Me rappellent, ce jour, les paysannes blettes
Offrant leurs fruits aux yeux exorbités des mâles.
( Flormed )
►Exemple 2 : Premier quatrain en vers féminins → F X M
Dans le recueil de tes yeux.Laisse-moi, dans tes yeux, déchiffrer le poèmeDe ta vie, étalant sur tes cils noirs ses rimesSouriant au soleil comme des fleurs sublimesExhibant leur rosée en noble diadème.Au fond de tes iris, je lirai de ces versDont l'âme se nourrit, pour goûter à l'ivresseQue l'amour sert au cœur en breuvages diversPour que fonde en plaisir ta grâce de prêtresse.Se soûler de tes mots quand vient se refléterLa lune raffolant de ton sourire-éclairSur ton front ; et l'esprit peut, de joie, exulter !Laisse donc, grand'ouvert, ce recueil, frais, pur, clair !( Flormed )
Fiche élaborée par
FLORMED