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 Ode sapphique

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Khris Anthelme
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Date d'inscription : 06/12/2009

MessageSujet: Ode sapphique   Mer 14 Déc - 21:42

Le livre des saisons


Il est loin ce temps qu’il fallait mériter,
Ce n’était hier, t’en souviens-tu ma tendre ?
Ce siècle était fort, déjà fallait lutter,
Nos raisons défendre.

Nos heures scrutons pour nos saisons conter,
Les redessiner et toutes les répandre,
Revivre et sentir notre amour gigoter,
L’admirer s’étendre.

Me voir sur ton cœur, tes frissons ausculter,
Frôler ton sommet, ouïr ce qu’il engendre,
Ecouter ce fruit, notre chair palpiter,
Rompu de l’attendre.

Et, ce jour venu notre joie augmenter,
Hurlant tout son saoul que l’on puisse l’entendre
Engloutir ta sève et ton sein siroter,
Sa main s’y suspendre.


Vois-tu dans nos yeux une flamme s’instaure,
Combien avons-nous au fil des ans construit,
Pour gravir les monts comme un feu qui dévore
Les forêts sans bruit.

Notre âme épuisant, tarissant chaque pore,
Sans compter la peine à mûrir notre fruit,
Pour le voir s’accroître et ton sourire éclore
Du brasier produit.

Fleurissant ton sein que l’ardeur ne s’exhaure,
Souviens-toi mon coeur du soleil de minuit
Brûlant notre éveil qu’encor le jour explore
De nos rais séduit.

Feuilletant l’amour qu’écrivait une aurore,
J'apaisais le soir en éclairant ta nuit
Comme un ru puisant une larme sonore
Tes sanglots ont fui.


Te rappelles-tu ? Relevant nos instants
Sombres où parfois la vie était si dure,
Pour en plaisanter, se les dire exaltants
Comblés d’aventure.

Pour gérer la crainte et nos déclins latents,
Trouvant chaque fois une bonne ouverture
Et se partager pour façonner le temps
Qu’il ne se fissure.

Quand, tu t’ajustais dans mes bras chancelants
D’avoir tant œuvré, las, au bord de l’usure,
Moi je me posais sur tes dômes ardents
Calmant ma ramure.

Nous avons tant fait, refait pour nos enfants,
Regarde, aujourd’hui notre progéniture
Dans un bel envol, instruite aux bons accents
Pour meilleure armure.


Mets-toi près de moi que mon aile t’enlace,
Et sens cet air pur rafraîchir notre soir,
Souffler son empreinte et fleurer notre audace,
Allez, viens t’asseoir.

Vois-tu sur l’azur, ce rai, cette rosace
Qui se couche au fil de l’onde du lavoir
Afin que la nuit nous préserve sa grâce,
N’ôte son pouvoir.

Pourquoi ce soupir, serais-je trop loquace
Sur nos souvenirs, et pourquoi ce mouchoir,
Un regret d’automne ? Il n’est nulle menace
A t’en émouvoir !

Oui, sèche ce pleur, car notre âme est tenace
Et nos bons désirs ne nous laisseront choir,
De notre univers j’en conserve une trace
Pour mieux le pourvoir.


Notre livre reste ouvert sur ses images
Pour l’apprécier et restaurer nos cours,
Sens comme est plaisant de lui tourner les pages
Et revoir nos jours.

Essuyant parfois des saisons les outrages,
Pour se mettre au vert à l’abri des vautours,
Saluer les cieux, affronter les orages
Sans autre discours.

Mais aussi sur l’heur savourer les présages
Ou les tourmenter dès leurs mauvais atours,
Bénir notre ardeur pour unir nos corps sages
Drapés de velours.

Vois, notre existence acclame nos adages,
Encore aujourd’hui nous restent les retours
Ardents à saisir, usant les avantages
Des belles amours !


Mais très cher, dis-moi, ce livre encor tout chaud,
Verra bien sa fin, quand surgira l’automne
Qui pourra nous lire à part un vermisseau,
Vois, j’en frissonne !

Qui des deux, toi, moi, c’est peut-être idiot !
Sinon une feuille au vent qui tourbillonne,
Un chagrin de rose ou bien un vil corbeau,
Peut-être personne !

C’est, que je te prie à ne voir ton tombeau,
Ma raison étend un voeux qui m’aiguillonne
Et m’atteint l’esprit, me ronge à son assaut,
Un sang m’abandonne !

Comprends ma pensée, en me faisant défaut,
Je ne serais plus qu’une âme qui marmonne,
Relisant tes vers j’en perdrai le cerveau
Que ça ne m’étonne !


Je ne sais quoi dire et cela m’interpelle
Depuis tant de temps, je n’ose dessiller,
Ma réplique est pauvre et mon verbe s’emmêle,
Comment t’aiguiller !

Je crois néanmoins que l’âme est éternelle,
Que nous seuls pouvons je présume éveiller,
Cela nécessite une simple étincelle
Pour s’appareiller !

Rien ne crains ma douce, il naît un parallèle
Entre aède et muse, elle adore fouiller
Et cueillir un vers au parfum d’asphodèle
Pour t’ensoleiller !

Mais, si tu fuyais sans moi ma toute belle,
Je t’emprunterais veux-tu ton oreiller
Pour ton sein fleurer, dormir sur ta tombelle
Et sur toi veiller !


Belle est ta sagesse et ta pensée est tendre,
La vie est présente estimons nos instants,
Elle est à gravir et non pas à descendre,
Soyons donc constants.

Mais il se fait tard, vois l’horizon reprendre
Notre azur paré de bleus intermittents,
Tant le crépuscule insiste à nous répandre
Ses rais éclatants.

Nous avons encor tant de soirs pour apprendre
La moiteur des nuits, et de jours exaltants
Où chaque saison pourrait bien nous surprendre
D’aimer nos printemps.

Il nous faut rentrer, viens sur mon sein t’étendre,
Veux-tu m’enivrer de verbes excitants ?
Ton souffle et mon heur je veux encore entendre
Pour ourdir le temps.


Oui le jour s’endort, je te sens frissonner,
Serait-ce cet air murmuré qui te grise,
Ou pour implorer le soir d’acheminer
Un pli pour Elise ?

Nous remémorant à nous l’enraciner
Cette mélodie étrangement précise,
Jadis j’en perdais les sens à m’enchaîner
D’une âme conquise.

Viens te réchauffer et me la fredonner,
Il fait presque nuit la pénombre t’épuise,
Jouissons de l’âtre afin de s’adonner,
La flamme est de mise.

Mon verbe se plaît à te voir bouillonner,
Mais me faire ouïr cette lettre m’attise,
Alors je te prie, afin d’arraisonner
Cette raison exquise.


Le livre est ouvert il faut le rayonner,
Laissons le banc seul avec la marquise,
Il a tant appris, qu’il va lui redonner
Le goût d’être éprise.

Viens, notre appétit fera notre dîner,
Laisse-moi le temps d’enlever ma chemise,
Mais dépêche-toi d’ouvrir ton balconnet,
Mon âme agonise !

Goûtons cet instant pour encor s’étonner,
Négliger le temps, essuyer son emprise,
Tombe ta dentelle et laissons nous flâner
Comme une heure omise.

Sur ton oreiller mon souffle condamner
Par ton sein brûlant et subir l’entremise
D’une idylle en fleur, afin de t’amener
La terre promise.


Dernière édition par Khris Anthelme le Jeu 15 Déc - 18:09, édité 1 fois
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stellamaris
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MessageSujet: Re: Ode sapphique   Jeu 15 Déc - 17:14

Ce n'est pas un poème, c'est une oeuvre ... Superbe, Khris !

Deux remarques toutefois, concernant deux vers courts :
"Pour qu’un sanglot fuit." : Comme tu as construit ton vers, le subjonctif "fuie" est requis, ce qui casserait ta rime
"Sur les rais éclatants." = 6

Toute mon amitié.


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Dernière édition par stellamaris le Jeu 15 Déc - 22:20, édité 2 fois
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Khris Anthelme
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MessageSujet: Re: Ode sapphique   Jeu 15 Déc - 18:10

Merci de tout coeur cher ami pour ton commentaire et la correction, c'est rectifié,


Amicalement
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Vénusia
Apécienne
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MessageSujet: Re: Ode sapphique   Jeu 15 Déc - 18:35

comme le dit si justement notre ami c'est plus qu'une ode c'est un roman mais si facile à lire et agréable
merci de ce partage
:flower:
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Khris Anthelme
Apécien
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MessageSujet: Re: Ode sapphique   Jeu 15 Déc - 22:02

Merci infiniment Vénusia pour ton commentaire,

Amicalement
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MessageSujet: Re: Ode sapphique   

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