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 Chemin de nuit

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stellamaris
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MessageSujet: Chemin de nuit   Mar 29 Nov - 23:06

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Chemin de nuit – Couronne de sonnets irréguliers

Sonnet maître – Nuit de contrastes

Ô, nuit que j’aime tant, univers de contrastes !
De l’humaine nature, incroyable reflet ;
Toi qui sublimes tout, tant le beau que le laid,
Qui saurait te chanter ? Tes charmes sont si vastes !

Certes, l’on voit parfois d’innommables méfaits
Commis sous ton couvert, et plus d’un, alors, pleure ;
Âpre est le désespoir au sombre de cette heure,
Ne vit-on sous son joug ployer des hommes faits ?

Regarde Séléné, déesse du silence,
L’on peut y retrouver son homme intérieur ;
L’on renaît avec lui, quand avec lui, l’on danse !

Quand s’ouvre devant soi le chemin de son cœur,
Le meilleur, de chacun, jaillit ; sublime chance,
L’amour éclôt souvent. Est-il plus belle fleur ?

1 - Univers de contrastes

Ô, nuit que j’aime tant, univers de contrastes !
La méditation des hommes les plus saints,
Ainsi que, tout autant, les ténébreux desseins
Des corbeaux de malheur aux actions néfastes

Résident en ton sein … Où porter mon regard ?
Pleurerai-je le mal et la douleur terrible
Transperçant la victime ? Y rester insensible
Serait être complice, en l’ombre, du poignard !

Je veux louer aussi les nombreuses merveilles
Que nul n’ose chanter car « Le mal s’y complait »,
Croit-on ! Pourtant le vrai se cache au creux des veilles,

Tout autant ! Admirez cet éternel ballet
D’or et d’obscur mêlés, et de splendeurs vermeilles :
De l’humaine nature, incroyable reflet !

2 – Humaine nature

De l’humaine nature, incroyable reflet :
Rien n’est noir, rien n’est blanc, quoique l’on puisse croire,
Mais argent scintillant comme un voile de moire
Aux rayons de la lune, ou bien d’un feu follet …

Oui, l’homme est bien ainsi, qui naquit de la nue
Et de la terre, cuite au foyer souterrain
Où, croit-on, les enfers ont leurs forges d’airain …
Il n’est ange ou démon, de sa race ingénue

Peuvent naître le pire autant que le meilleur,
La dague qui se plante en plein cœur d’une fleur
Ou la main qui caresse et soigne avec tendresse …

Ô nuit de vérité, montre nous ce qu’elle est,
Notre engeance ambiguë, aimante et brute épaisse,
Toi qui sublimes tout, tant le beau que le laid !

3 – Décor d’Opéra

Toi qui sublimes tout, tant le beau que le laid,
Ouvre mes pauvres yeux afin que je contemple
Ta beauté sans pareille et ton merveilleux temple,
Ce décor d’opéra, dressé pour le ballet

De l’Homme et de la Femme ; éternelle est la danse !
Ce qui, le jour, est fade, est en toi plus réel,
Plus épais, consistant, tout comme si le gel
Accentuait les traits, les figeait ; quelle chance !

Ton décor resplendit, tout d’ors et de velours
Pourpres et rougeoyants ; quand roulent les tambours
Au lever du rideau, sublimes sont tes fastes !

Au parterre, on retient sa respiration,
Trépignant, exultant, tremblant d’émotion …
Qui saurait te chanter ? Tes charmes sont si vastes !

4 – Alambic

Qui saurait te chanter ? Tes charmes sont si vastes !
Du crépuscule à l’aube et du soir au matin,
Tu t’étends, prodiguant le repos, le destin,
Tant de choses encor, tant bonnes que néfastes …

En toi sont distillés le pire et le meilleur,
Tout comme un alambic, tandis que sur la flamme
Le vin bout à feu doux, lui prélève son âme,
En fait un alcool fort, plus qu’aucune liqueur ;

Et quiconque le boit, ses secrets se révèlent.
Plus aucun ne ressemble à des moutons qui bêlent,
Et l’on voit à coup sûr de quel bois tous sont faits …

Oh, maints ne sont pas beaux, certaines sont hideuses,
D’autres de grands salauds, d’épouvantables gueuses !
Certes, l’on voit parfois d’innommables méfaits !

5 - Méfaits

Certes, l’on voit parfois d’innommables méfaits
Quand en l’homme la bête immonde se réveille,
Se croyant bien cachée ; et la raison faseye
Alors ; bien peu le croient, beaucoup sont stupéfaits

En voyant le couteau, planté dans la poitrine
Du pauvre assassiné pour ses trois pauvres sous ;
La fillette qu’on viole, arrachant ses dessous
Sur un air de samba, tandis que l’on badine …

Que dire de la guerre ? On trouve une raison
Quelconque, et très bientôt, sans même une oraison,
Dans le sommeil, le feu s’abat, en moins d’une heure,

Sur une ville entière ; et moult, de qui survit
Aspire au sort des morts … Que de forfaits l’on vit
Commis sous ton couvert ! Et plus d’un, alors, pleure !

6 – Désespoir

Commis sous ton couvert – et plus d’un, alors, pleure –
Des crimes atterrants remplissent le journal,
Illuminant le soir de leur sombre fanal …
Est insensible, alors, tel qui ne s’en écœure !

De contempler cela, tout un chacun s’émeut,
Mais maint zappe aussitôt, pour parler d’autre chose …
Pour celui toutefois, qui ne le peut, ni l’ose,
Un ressort est cassé ; c’est celui qui le meut.

Était-il déprimé, dès avant ces nouvelles,
Pour oublier ainsi les merveilles si belles
Qu’au long de toute vie on croise sans compter ?

C’est sans doute le cas, sa peine intérieure
S’en sert comme levier pour mieux le démonter …
Âpre est le désespoir au sombre de cette heure !

7 – Monde souterrain

Âpre est le désespoir au sombre de cette heure,
Quand Dame Solitude, ardente comme un feu,
Consume la raison, la plonge en un enfeu …
Pourra-t-elle en sortir avant qu’elle n’en meure ?

En mourir … Est-ce donc le pire ? Ne le craint
Plus celui, dépressif, qui ne sent plus l’envie
De se battre pour être, et méprise la vie ;
« Ô, nuit, qui me convie au monde souterrain »,

Dit-il ! Et tel qui gît en son lit de souffrance
Hurle : « Chaque seconde, une nouvelle lance
Me transperce le corps ; et si lourd est mon faix !

Il n’est d’aube pour moi que torture nouvelle ;
L’attendant, je ne dors, car Douleur m’ensorcelle ;
Ne vit-on sous son joug ployer des hommes faits ? »

8 – Jugement

Ne vit-on sous son joug ployer des hommes faits ?
Des rois même ont craqué sous le poids de la nuit,
Ne se supportant plus, tant l’absence de bruit
Les condamnait, tremblants, à regarder leur cœur

Pour n’y voir qu’un grand vide, un abîme ; ils s’y noient
En cruelle insomnie, enfants terrifiés,
Eux qui, le jour, ont commandé : « Allez ! Pillez
Et massacrez mes ennemis ! Qu’on les foudroie !»

Quand la balance est vide, il n’est aucun salut ;
L’on est face à soi même, et certe* il eût fallut
Un bien meilleur censeur, pour avoir une chance !

Pourquoi ne se sont-ils retournés vers le ciel ?
Il n’est de jugement en ses rayons de miel,
Regarde Séléné, déesse du silence !

9 - Séléné

Regarde Séléné, déesse du silence,
Et chacun de tes pas, moule-les en ses rais ;
Le chemin te fait peur ? Oui, c’est normal, après
Tant, tant et tant de jours, de mois de vaine danse !

Reste la bouche close ; elle dirait « Tais-toi ! »
Reste à la contempler, oubliant tout le reste ;
Accepte que le vide, à l’envi, te déleste
De tout ce qui t’encombre et te remplit d’effroi …

L’on se retrouve nu ; pelure après pelure,
L’on se dévêt de tellement de vaine enflure
Que l’on craint de se perdre ; intense est la frayeur !

Mais il faut tenir bon, puisant dans son courage ;
Car si l’on persévère, au terme du voyage,
L’on peut y retrouver son homme intérieur !

10 – L’homme intérieur

L’on peut y retrouver son homme intérieur,
Ce tout petit enfant qui regarde le monde
Chaque jour d’un œil neuf, d’une pupille ronde ;
En battant des deux mains, il l’applaudit, rieur !

Ah, qu’il soit mon mentor pour entrer en la fête,
Savoir me délecter de la moindre saveur,
Me régaler de tout, de tous surtout ! Mon cœur,
Suis ce chemin : La joie est là, simple et parfaite !

Lui seul peut nous guider ; ne sont d’aucun secours
Ni savoir, ni pouvoir, ni les nuits, ni les jours
Passés à se distraire … Et leur saveur est rance,

Alors que nous n’avons qu’à lui tendre la main
Pour goûter, avec lui, ce merveilleux festin !
L’on renaît avec lui, quand avec lui, l’on danse !

11 – Le chemin du cœur

L’on renaît avec lui, quand avec lui, l’on danse ;
Et chacun des sentiers qu’on parcourt sont nouveaux,
Ils sont vierges de pas, tous ces monts et ces vaux ;
Qu’est chaque instant ? Un nourrisson ! Tout recommence !

Alors, l’on s’émerveille – Et l’on pleure parfois,
Car la compassion y trouve aussi sa place ;
Mais cette peine-là jamais ne nous fracasse,
Car qui la vit ressort grandi de cette croix ! –

Ce n’est qu’en ces moments, quand nous vivons sans fard,
Que la muse apparaît, pour celui dont c’est l’art ;
Et toi, crois-moi, mon bon ami, mon cher lecteur :

Ce qu’elle lit en nous, elle le prend, le sème,
Et l’on goûte bientôt aux épis : un poème,
Quand s’ouvre devant soi le chemin de son cœur !

12 – Transfigurés

Quand s’ouvre devant soi le chemin de son cœur,
Qu’on le suit hardiment, d’un pas vaillant, sans crainte
D’aucune sorte, en repoussant du mal l’étreinte,
L’on peut être assuré de renaître, vainqueur !

Alors, l’on voit surgir en nous un nouvel être,
Au visage inconnu, mais aux bras grands ouverts
Pour accueillir le monde et ses joyaux offerts :
Tous les humains, bons ou mauvais, sans en omettre

Un seul ! Car il n’en est qui ne soit un trésor,
Même le moindre, oh, de combien, vaut mieux que l’or
Autour duquel pourtant, tant tournent en cadence …

Et l’on en est à tout jamais transfigurés,
Cela se voit ! Car, tout d’un coup, comme des rais,
Le meilleur, de chacun, jaillit ; sublime chance !

13 – Libres

Le meilleur, de chacun, jaillit ; sublime chance,
Dès ici-bas, déjà pouvoir être soi-même ;
L’on peut enfin goûter la liberté suprême,
Laissant derrière soi le dur temps de l’errance

Au gré des passions sans rime ni raison !
C’était un esclavage, et, les chaines brisées,
C’est la rédemption, comme aux Champs Élysées**
Où l’éternel printemps est l’unique saison.

C’est alors que l’on peut, sans crainte, ouvrir son âme
À l’autre, sans risquer que s’éteigne la flamme
Du cœur, tant son brasier est vif, intérieur.

Avez-vous devinés – Point besoin d'être oracle –
Ce qui peut advenir ? Eh oui ! Comme un miracle,
L’amour éclôt souvent. Est-il plus belle fleur ?

14 – Ambroisie

L’amour éclôt souvent. Est-il plus belle fleur ?
Quel merveilleux jardin, où l’on voit apparaître
Ces merveilles sans prix ! Heureux qui peut y paître,
Car l’ambroisie y coule à flots ; cette liqueur

Divine s’y distille et s’offre sans limite
À quiconque en est digne ; il suffit, pour cela,
D’avoir ouvert son âme, et d’avoir laissé là
Tout ce vain superflu qui souvent nous habite.

L’heure silencieuse est donnée en ce but
À l’homme ; tend l’oreille à sa musique ! Chut !
Et laisse les t’emplir, ces espaces si vastes

Où la condition humaine, en sa splendeur,
En sa souffrance aussi, s’offre à toi sans pudeur ;
Ô, nuit que j’aime tant, univers de contrastes !

Stellamaris

* « Certe » : licence poétique empruntée, notamment, à Victor Hugo
** « Champs Élysées » : Séjour des bienheureux, dans la mythologie grecque


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Flormed
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MessageSujet: Re: Chemin de nuit   Mer 15 Fév - 15:32

Bonjour

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Couronne de toute beauté, à lire d'un trait.

Merci pour la partage.

Amitiés


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stellamaris
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MessageSujet: Re: Chemin de nuit   Mer 15 Fév - 15:36

Merci infiniment, très cher ami ! Toute mon amitié.


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MessageSujet: Re: Chemin de nuit   Jeu 16 Fév - 6:27

et dire que c'est tout simplement....toi ! tu dis ton chemin, cette quête de l'homme intérieur, ce petit enfant perpétuellement nouveau né... tel que je te vois, stell !!
c'est une merveille sans nom cette couronne, si authentique
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stellamaris
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MessageSujet: Re: Chemin de nuit   Jeu 16 Fév - 6:32

Merci infiniment, Domi ! Bises !


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MessageSujet: Chemin de nuit   Ven 17 Fév - 17:18

Tu as droit à la couronne car tu es roi .
Tu as mis la barre très haute, je me contente de passer dessous. C'est vraiment très beau Stellamaris! Félicitations pour ce sacre.
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stellamaris
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MessageSujet: Re: Chemin de nuit   Ven 17 Fév - 17:27

Merci infiniment, Ahmed ! Toute mon amitié.


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MessageSujet: Re: Chemin de nuit   Lun 16 Avr - 3:33

Une couronne que tout poète aimerait se poser sur
la tête.

Impériale, une poésie éblouissante.

Amitié

Orbel
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stellamaris
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MessageSujet: Re: Chemin de nuit   Lun 16 Avr - 4:56

Merci de tout coeur, Orbel ! Toute mon amitié.


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